Instants à Maison Chance

Certaines aventures vous changent à jamais et laissent une trace indélébile en vous. Ces aventures vous ouvrent les yeux sur le monde, sur vous et sur tellement d’autres choses. Ce que j’ai vécu en 2017 pendant ces deux semaines a été pour moi une de ces aventures. L’aventure qui, aujourd’hui encore, m’a le plus marqué sur le plan humain.

Bien que je sois parti pour aider d’autres personnes à l’origine, je ne saurais dire qui, d’elles ou de moi, ont été les plus changés après nos rencontres.

Je suis parti au Vietnam, dans la ville de Ho-Chi-Minh dans le centre de Maison Chance pendant deux semaines pour enseigner à des enfants âgés de 6 à 14 ans. Ce voyage est devenu mon premier projet photographique. Ce qui n’est pas un hasard. Il a fallu que je vive ce qui m’a le plus humainement touché pour que quelque chose se débloque en moi. Pour la première fois, j’avais quelque chose d’important à raconter avec mes images. Mais le projet commence un an et demi avant que la première photographie ne soit prise.

C’est début 2016, avec mon ancienne association Foulards sans Frontières que tout a commencé. A ce moment-là nous étions en discussion avec Maison Chance pour mettre au point des programmes scolaires qui soient les plus adaptés possible aux enfants que nous allions rencontrer. Pendant cette période nous avons également récolté des fonds et du matériel. Puis sont arrivés l’été 2017 et les deux semaines tant attendues.

De toute la richesse qui compose Maison Chance, de toutes les personnes qui y travaillent, qui y vivent, de tous les petits instants qui font sa vie, de tout ce que j’aurais pu choisir de raconter à travers mes images, j’ai décidé de photographier principalement les enfants et leur quotidien. C’était une évidence pour moi. J’étais venu pour enseigner à des enfants de Maison Chance pendant deux semaines et c’était d’eux que je devais parler avec mes photographies. 

« Instants à Maison Chance » est ma toute première série photographique, mais aussi ma première exposition. J’ai non seulement grandi en tant que qu’humain après mon passage à Maison Chance, mais aussi en tant que photographe. Je considère que c’est à partir de ce moment-là que ma photographie a commencé.

A l’origine, il n’avait jamais été question de faire un reportage photographique de ce voyage. Il n’était encore même pas question de parler de « série photographique » pour moi à cette époque et je ne m’étais pas imaginé une seule seconde que je commencerais là-bas, à Ho-Chi-Minh. Seulement voilà, il y a eu des rencontres humaines magnifiques, énormément d’émotions, des rires, quelques larmes et surtout une expérience qui m’a véritablement touché. J’ai sorti mon appareil photo et j’ai profité de mes temps de pause entre les cours pour photographier ces instants si précieux et si fugaces que l’on peut observer à Maison Chance. Ces « Instants » sont bien évidemment ceux des habitant/es de ces murs. Mais ils ont aussi été les miens pour quelques jours puisque j’ai eu le bonheur de les partager avec eux. Cette totale immersion de deux semaines (si l’on excepte trois jours passés à l’hôpital au milieu) m’a vraiment permis d’être au plus près de mon sujet et de me concentrer exclusivement dessus.

Pour cette série photographique, je me suis laissé guidé par mon instinct et par les évènements rencontrés. Au bout de quelques jours d’observation, après une acclimatation pendant laquelle je n’ai pris que très peu de photos et pendant laquelle j’ai essayé de comprendre le rythme de vie du centre, les habitudes des gens et de m’imprégner des lieux, j’ai commencé à photographier. J’ai arpenté les couloirs, les salles de classes, la grande cour de récréation et tous les recoins de Maison Chance. Très vite, je me suis aperçu de la quantité de scènes qui se déroulaient sens cesse à Maison Chance. Il y a tellement de monde qu’il se passe forcément quelque chose quelque part. C’est ce que j’ai voulu rendre en images, tous ces petits instants volés de leur quotidien. Je me suis aussi vite rendu compte qu’avoir un appareil photo dans les mains permettait d’avoir un autre rapport avec l’humain. D’habitude je photographie plutôt des paysages ou des animaux. L’exercice de photographier des personnes était donc tout à fait nouveau pour moi et je me suis surpris à y prendre goût. Là encore, c’est sans doute parce que je voulais parler de quelque chose avec mes images que j’ai réussi à aller là où je le voulais. Même si les personnes que je photographiais savaient que je prenais des photos, je tenais à ce qu’elles ne voient l’appareil photo qu’au dernier moment. Toutes les images de cette série ne sont donc pas « posées » et c’est la réaction de la rencontre inattendue avec l’objectif que vous pouvez voir sur mes images. Cela m’a permis de capter ces fameux Instants à Maison Chance.

Je me suis beaucoup questionné à mon retour sur tout ce que je venais de vivre. J’ai ressenti un grand sentiment d’impuissance face à tout ce que j’avais vu parce que j’aurais voulu faire plus, faire mieux. Je pense que c’est pour cette raison que j’ai mis en place mon exposition « Instants à Maison Chance ». Pour continuer à les soutenir, continuer à parler d’eux et continuer ce que j’ai commencé là-bas.

D’ailleurs, toutes les images sont en vente dans ma boutique en ligne et je m’engage à verser 10% du montant du tirage à Maison Chance. Ainsi, vous et moi faisons un petit geste à notre échelle pour eux.

Maison Chance a été notre maison pendant deux semaines. Mais Maison Chance c’est surtout un foyer pour toutes celles et ceux dans le besoin. Ce n’est pas seulement un endroit où les enfants viennent à l’école, c’est bien plus que ça. Si vous voulez en savoir plus sur eux, rendez-vous sur leur site internet.

Je sais qu’un jour je retournerais au Vietnam, à Maison Chance pour revoir Tram, Thùy, Duy et toutes les autres personnes que j’ai rencontrées là-bas et avec qui j’ai gardé contact depuis tout ce temps. Je reviendrai avec un appareil photo à la main, pour raconter d’autres histoires, sur Maison Chance…

…et partager de nouveaux Instants avec vous.