Témoignage Antoine Remy – 56 jours durant

56 jours durant

NOTE D’AVANT LECTURE

Ce n’est pas moi, David Tuleu auteur de ce site, qui m’exprime dans cet article. Ici, j’ai laissé la plume à Antoine Remy que j’ai découvert sur Instagram à travers son travail photographique et au travers de son podcast « Derrière la photo« . Comme vous le savez, j’aime vous parler de projets et explorer les possibilités de la photographie alors, quand j’ai appris qu’Antoine allait publier son premier livre, je l’ai contacté pour savoir s’il était d’accord de nous raconter son expérience et les différentes étapes de création d’un tel projet. Antoine a tout de suite dit oui et nous livre ici son témoignage.
J’en profite pour le remercier d’avoir bien voulu se prêter au jeu et de partager avec nous son aventure.
Bonne lecture !

56 jours durant… 
… et 300 autres pour terminer le projet : l’auto-édition de mon livre de A à Z.

La naissance de la série

Comme de nombreux autres photographes professionnels et amateurs, je me suis lancé dans un projet photographique lors du confinement du printemps 2020. Moi qui d’ordinaire affectionne les grands espaces et la photo de paysage, me voici enfermé dans 65m2 avec ma compagne et nos deux filles de respectivement 3 ans et 2 mois… Il m’a semblé évident qu’il fallait documenter ces deux semaines de  confinement qui nous étaient annoncées… 

Respecter l’engagement pris avec soi-même

La photographie n’étant pas mon métier à temps plein et devant, en tant qu’enseignant, assurer mes cours à distance, je ne pouvais pas me consacrer totalement à ce projet photo. Néanmoins, je me suis astreint de manière quasi-quotidienne à prendre quelques clichés, parfois un seul, parfois des dizaines. Cela participait au rythme de mon confinement et faisait partie intégrante de la routine qui s’était installée de manière brutale. Une sorte de bulle d’air dans l’enfermement. Un moyen aussi pour moi de lutter contre la lassitude, car comme tout le monde le sait, le confinement #1 ne s’en est pas tenu à deux semaines, mais a bien duré 56 jours.

Non content de prendre des photos, j’ai également initié un tri sur Lightroom au fil des jours, multipliant les dossiers et les sous-dossiers. J’ai aussi écrit. J’éprouvais le besoin et l’envie d’accoler des mots à ces images qui commençaient à faire sens ensemble et à former un tout.

L’idée du livre

Après environ trois semaines à prendre des photos et à écrire tous les soirs avant d’aller me coucher, j’ai pris conscience de plusieurs choses. Tout d’abord, la période d’isolement était beaucoup plus longue que ce que j’avais anticipé et le produit photographique qui en résulterait ne pourrait pas être une série de 12, 15 ou même 20 photos : il faudrait en faire un livre, j’en étais convaincu. Deuxièmement, je n’étais pas écrivain, loin s’en fallait. J’ai donc arrêté d’écrire mes médiocres anecdotes sur notre quotidien et j’ai pris une décision importante : mon propos devrait se passer de mots pour émouvoir et pour être compris. La tâche s’annonçait donc d’ampleur.

L’heure des choix narratifs et artistiques

À la fin du confinement, le 11 mai 2020, j’ai accumulé plus de 1000 photos et j’enclenche une phase de tri drastique.

De nouveaux dossiers et sous-dossiers. Ce dont je suis certain, c’est de mon idée de livre : j’ai beaucoup trop de matière pour ne pas en profiter. De plus, cela correspond davantage au but profond de ce travail : faire ressentir dans mes images que ce confinement était long et pesant, qu’il avait aspiré une partie de nous, de notre joie de vivre, sans qu’on s’en rende toujours compte. Tout ceci est plus facile à montrer à travers 125 photos que 12. Du moins, c’est mon avis.

Une fois la délicate étape du tri réalisée — bien sûr je n’ai supprimé aucune photo — je me suis retrouvé face une tâche plus ardue que prévue : celle du choix du traitement de mes images. Évidemment, je voulais un rendu qui traduise du mieux possible l’atmosphère ressentie au cours de cette parenthèse grisâtre. J’ai mis beaucoup plus de temps que pour d’autres séries passées. Cela est sûrement dû au fait que je travaillais avec un type de photos auquel je n’étais pas habitué, plus souvent occupé à traiter des paysages en couleurs ou à développer ma série en cours Earth Matters, en noir et blanc très contrasté, consacrée à la matière terrestre. Il m’a également semblé complexe de parvenir à un traitement qui soit cohérent sur l’intégralité des 125 photos.

C’est là que l’idée de mon livre est revenue me frapper de plein fouet et m’a fait passer à l’étape suivante. J’ai eu assez facilement l’idée du type de papier et d’impression visuelle que je voudrais le jour où le livre existerait. J’ai donc choisi le traitement d’image qui allait le mieux avec le produit fini que j’imaginais. C’est cette approche qui m’a guidé dans mon processus créatif. 

J’ai donc à ce moment fait un pas de géant parce que je prenais un plaisir incroyable à traiter chacune de mes photos. Aucune retouche profonde dans cette série : je voulais montrer notre vie quotidienne dans tout ce qu’elle avait de plus vrai, de plus banal, et même d’ennuyeux parfois. 

Une fois ce travail terminé, j’avais un nouveau dossier dans Lightroom dont le nom devait s’approcher de « Livre sélection traitée ».

Vous avez dit « titre » ?

C’est le moment où j’ai eu envie de commencer à réfléchir au titre que j’allais donner à mon livre. C’est en général une étape que j’affectionne pour mes séries ou mes expositions. Je trouve qu’on peut vraiment en dire beaucoup en quelques mots, en jouant parfois sur leur polysémie (Earth Matters, qui signifie à la fois Matières terrestres mais aussi La Terre est importante) ou en en créant des nouveaux (Faunamibia, qui se passe d’explication).

Je suis assez rapidement tombé d’accord avec moi-même : mon livre s’intitulerait 45 jours durant. C’était sans compter sur l’évolution du calendrier du gouvernement.

Il ne restait plus que…

La mise en page

Je me suis assez naturellement tourné vers Blurb qui a un partenariat avec Lightroom et qui est directement implémenté dans ce dernier. J’ai donc commencé à agencer mes photos dans ce logiciel.

Et puis je me suis rendu compte que j’allais trop vite, je n’avais pas laissé reposer les choses, je ne m’étais pas laissé imprégner de mes photos, je n’avais pas digéré le confinement : comment créer un livre qui traite de ce confinement dans ces conditions ? Ce n’était pas envisageable. Je ne voulais surtout pas être déçu une fois ce projet terminé. J’ai donc laissé passer du temps sans regarder du tout ma série 56 jours durant. Je suis retourné à mes premières amours, la photo de paysage : j’ai retouché des photos de Jordanie, de Namibie et d’Écosse que je n’avais pas pris le temps de reprendre. Ce furent des moments d’évasion par procuration bien mérités après ces deux mois exigeants. Entre temps, mon livre avait changé de titre : ce serait 56 jours durant.

Blurb, la solution de facilité ?

Plusieurs mois ont passé puis j’y suis revenu. Avec le recul, l’interface de Blurb intégrée à Lightroom ne me convenait pas vraiment. Je la trouvais austère et pas toujours très ergonomique. Elle est complète et efficace, mais je passais déjà assez de temps dans cet environnement anthracite qu’est Lightroom pour avoir envie de réaliser mon livre dessus. 

En visitant le site internet de Blurb,j’ai découvert qu’on pouvait retrouver les mêmes fonctionnalités qu’embarquées dans Lightroom en téléchargeant un petit logiciel appelé BookWright Je l’ai installé et j’ai recommencé ma mise en page à zéro. J’ai laissé le format « design rapide » de côté : je voulais avoir la main sur tout.

J’ai opté pour un format « Grand format paysage 33x28cm » puisque j’avais en tête de réaliser un livre d’art, un beau-livre comme on dit dans le jargon. Vient ensuite le choix du papier : parmi les quelques options disponibles, je m’oriente vers le « Premium mat » qui correspond a priori à ce que je veux. Il est possible de commander des échantillons de leurs différents papiers mais je n’ai pas vraiment le temps : je veux sortir mon livre à la date anniversaire du confinement, le 16 mars.

BookWright  propose de nombreux templates en fonction du nombre de photos que l’on souhaite intégrer à sa page : une seule, deux, trois ou plus, format paysage, portrait, à cheval sur deux pages, page complète, avec marge ou sans marge, tout est possible. Si les templates vous limitent dans votre créativité, ils sont tous adaptables. On peut intégrer du texte de diverses manières mais, vous l’avez compris, je n’étais pas concerné.

La tâche de mise en page est fastidieuse mais la plateforme permet vraiment de donner libre cours à son imagination, les temps de chargement des aperçus sont courts : l’outil est bien conçu et agréable à utiliser.

La scénographie du livre

Après quasiment deux semaines de travail intense, je tiens une mise en page et un enchaînement des photos qui me conviennent. Pour celles et ceux qui ont déjà monté une exposition — quels qu’en soient le rayonnement et l’ambition — vous avez été confronté.e.s à la difficile question de la scénographie : comment faire naviguer le visiteur d’oeuvre en oeuvre tout en lui faisant sentir une cohérence visuelle en adéquation avec l’histoire que vous voulez lui raconter et les émotions que vous voulez lui transmettre.

La problématique dans le livre est la même. Vous remplacez simplement les murs par des pages blanches et vous les multipliez par un nombre substantiel. Pour ce projet, j’ai eu 110 « murs » à scénographier, ou disons plutôt 55 « paires de murs », car avant tout, les pages gauche et droite doivent se répondre et former un vrai diptyque.

Le positionnement des photos et leur enchaînement page après page étaient pour moi mon seul moyen d’expression : je rappelle qu’il n’y a pas de texte dans 56 jours durant.

Bien que BookWright propose une myriade de réglages possibles, je déconseille la multiplication des mises en page trop différentes. Il est important de conserver une cohérence tout au long de votre livre. Cela servira votre « narration visuelle » et évitera de décontenancer votre lectorat.

Après de multiples vérifications et derniers ajustements, j’ai un instant pensé que c’était terminé. Quelle naïveté !

La distribution

Je n’ai pas eu le courage / pris le temps / fait le nécessaire pour contacter des maisons d’édition, des librairies ou quelque autre circuit qui aurait pu m’aider ou me donner un peu plus d’exposition. J’ai donc tout fait dans mon coin, jusqu’à ce 8 mars 2021 où j’ai annoncé que mon premier livre allait sortir.

Mais avant cela, quelques derniers détails avaient été réglés…

Premièrement, j’avais tranché : pas de vente de mon livre sur Amazon. C’est se priver d’un gros marché potentiel mais ça ne correspond pas à ma façon de voir les choses. 

J’ai en revanche choisi de mettre mon livre en vente directe sur Blurb. Vous pouvez tout à fait ne pas le faire en cochant la case de droite : « Ne pas distribuer ». Il vous reviendra donc exclusivement de relayer l’information de la sortie de votre ouvrage et d’en gérer les commandes et envois. J’ai quant à moi choisi un système hybride : je propose aussi le livre à la vente sur mon site internet personnel — et je passerai commande en fonction auprès de Blurb.

Communication et production : inséparables

Je ne peux compter que sur moi-même — et aussi sur cet article ! — pour présenter mon livre. Le bouche-à-oreille, mes réseaux sociaux et mon site internet. Ce n’est pas grand chose et je ne suis donc malheureusement pas certain que le livre voie réellement le jour. Je m’explique. Même si Blurb est très pratique et permet de réaliser de manière assez simple de multiples tâches nécessaires à la réalisation puis au partage d’un livre, leurs tarifs sont franchement élevés. Et c’est là que les inquiétudes de l’auteur/auto-éditeur que je suis apparaissent : comment vendre un livre qui, lorsqu’il est produit à un seul exemplaire, coûte 100€ (avec une ristourne de 30% de la part de Blurb, c’est trop aimable) ? C’est évidemment impossible.

La seule issue possible est de recevoir suffisamment de commandes pour pouvoir commander un nombre un tant soit peu important d’exemplaires et faire ainsi chuter le coût de production. Je n’ai évidemment aucune prétention financière pour ce premier livre. La marge réalisée est infime et ce n’est pas un problème. J’espère simplement que mon livre trouvera sa place dans quelques bibliothèques d’adeptes de beaux-livres ou sur de jolies tables basses dans des intérieurs hygge !

Le mot de la fin : créativité > outil

En conclusion, je ne saurais que vous encourager à vous lancer dans cette longue et belle aventure qu’est la création de votre propre livre. La fierté que l’on ressent lorsqu’on reçoit l’objet qu’on a mis tant de temps à créer vaut bien tous les efforts consentis. 

Je tenais aussi à dire qu’une bonne partie de mon article repose sur l’utilisation de Blurb, mais Blurb n’est qu’un outil. Il en existe beaucoup d’autres. Blurb et le logiciel BookWright sont loin d’être parfaits et vous vous sentirez peut-être plus à l’aise avec d’autres moyens de création. Le processus créatif s’articule autour de nombreuses phases de réflexion qu’il ne faut ni ignorer ni bâcler. Je pense vraiment que là est la clé pour réaliser un livre qui vous rendra fier. Espérons simplement qu’il ne faudra pas attendre un nouveau confinement pour que certain.e.s trouvent le temps et l’énergie de se lancer. À vos boîtiers !

Découvrez mon univers

Pour suivre mon travail,
Mon site internet : https://www.antoineremy.fr
Mon Instagram : https://www.instagram.com/antoinerphotography 

Pour commander mon livre : https://www.antoineremy.fr/livres 

Pour écouter mon podcast : s’abonner à « Derrière la photo » sur votre plateforme favorite.

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