L’expérience d’une exposition – Ma rencontre avec Genesis

Rester là, à contempler une image pendant plusieurs minutes. Ressentir une vraie émotion devant une scène. Essayer de comprendre chaque détail de ces tirages grands formats. Puis, finalement, passer à la photographie suivante et voyager. Voyager dans l’exposition, mais aussi sur une terre inconnue et lointaine que Sabastião Salgado nous fait découvrir à travers son exposition Genesis. Une exposition, c’est un voyage à travers l’œuvre et l’univers du photographe.

Je vais parler dans cet article principalement de ma rencontre avec Genesis, le dernier projet en date de Sebastião Salgado car son travail m’a profondément touché. Mais chaque visite d’une exposition peut être une vraie expérience, une vraie découverte.

Pour être honnête avec vous, à l’heure où j’écris ces quelques lignes, je n’ai pas encore pu visiter beaucoup d’expositions. C’est assez récent pour moi et je compte bien y remédier dès que la situation liée au COVID le permettra. Mais ce qui est sûr, c’est que les quelques fois que j’ai eu la chance de découvrir un photographe par ce biais, j’ai vraiment eu l’impression d’entrer dans son univers.

Une exposition photographique a vraiment quelque chose d’intime. Cela est peut-être lié au fait qu’elle soit éphémère. Je crois que c’est aussi parce qu’on y découvre des choix plus tangibles du photographe, notamment le format des œuvres, le type de papier, la séquence des images dans l’espace, les couleurs utilisées ou encore les textes qui accompagnent, ou non, chaque photographie. J’aime vraiment beaucoup les livres photo, mais je trouve que les expositions ont ce petit quelque chose en plus qui rend l’exploration d’une série photographique vraiment spéciale.

Je me souviens qu’à chaque exposition visitée il y a eu moment « déclic » où je « comprenais » un élément dans une image ou dans une série. Je me souviens encore du moment à l’exposition de Jan Groover au Musée de L’Elysée où je me suis rendu compte de comment fonctionnaient ses triptyques. Cela parait bête, mais j’étais vraiment content. Je comprenais, un peu, ce que voulait dire la photographe, son style photographique. C’est ce que j’aime dans une exposition photographique, on pose un autre regard sur les images présentées. Tout est fait pour que l’on vive la meilleure expérience possible : la lumière, les espaces entre les images, l’ordre des photographies, etc. Vous vivez l’exposition et, par la même occasion, vous éveillez votre culture photographique.

Et Genesis dans tout ça ?

J’ai choisi de vous parler de Genesis, parce que c’est la première grande exposition photographique que j’ai eu l’occasion – que dis-je, la chance, de voir. C’est lors d’un passage à Lyon que j’ai découvert Genesis. Pour résumer sans détour ce que j’en ai pensé : ça a été une vraie claque ! Sebastião Salgado est un photographe majeur et que je ne peux que vous encourager à plus vous renseigner sur son travail, sa démarche et à découvrir son œuvre photographique.

J’avais déjà vu des photographies de Salgado, et même de Genesis, sur internet. Je connaissais le sujet et le genre d’images que j’allais voir. Mais ce n’est rien comparé à voir l’exposition pour de vrai et ses tirages grands formats. Parce que oui, Sebastião Salgado tire ses images sur de très grands formats et je peux vous dire que c’est impressionnant. J’ai ressenti la puissance de ses noirs et blancs très contrastés. J’ai pris le temps d’analyser tous les petits détails dont fourmillent ses photographies. J’ai été médusé par l’utilisation de la lumière naturelle qui donne un aspect surréaliste et véritablement primitif aux paysages, animaux et peuples qui sont photographiés.

Cette exposition m’a vraiment touché. Par la beauté des images évidemment, mais aussi par la puissance du message et par la quantité de travail accompli pour arriver à nous présenter un tel projet. Genesis m’a permis de comprendre l’importance de la démarche et du message dans un projet. Salgado nous livre ici un travail formidable et je ne m’attendais pas à un tel nombre d’images. Pour mon plus grand plaisir, cela me semblait sans fin ! J’ai pu admirer une facette de notre Terre que je ne connais pas et que je ne verrais très probablement jamais. 

Salgado, comme à son habitude, nous présente une série en noir et blanc qui donne une puissance inouïe à son travail et donne un côté extrêmement graphique aux images. Il y a une recherche impressionnante au niveau des lumières et des textures. Il faut aussi mentionner la taille des formats qui sont immenses, souvent dans des passe-partout blancs, le choix du papier et l’organisation des images dans l’espace qui font partie de l’ensemble. D’ailleurs, comme dans le livre, les photographies nous sont présentées ici par « régions et climats », ce qui nous donne l’occasion de faire comme un tour du monde lorsqu’on passe d’une photographie à l’autre. C’est en tout cas l’impression que cela m’a donné lors des trois heures que j’ai passé dans le monde primitif de Genesis.

La démarche

Ce qui m’a vraiment impressionné avec Genesis, c’est que c’est un projet de très grande envergure qui a débuté en 2004. Il a été planifié sur huit ans et trente-deux voyages, soit quatre voyages par an. Sebastião Salgado a parcouru le monde à pieds, en avion, en bateau et en montgolfière dans des conditions souvent extrêmes. Un tel projet demande une organisation et une logistique très importante. Il faut choisir les destinations, partir à la bonne saison, faire face aux embûches administratives qu’impliquent des expéditions dans des régions reculées, se renseigner sur la faune que l’on veut voir et sur les peuples que l’on veut rencontrer. Salgado a voulu nous montrer un monde trop souvent invisible et hors d’atteinte et il s’en est donné les moyens. Quand je vous dis que la démarche et le processus de création d’un projet sont très importants dans votre photographie, ce n’est pas pour rien ! Je vous en parle plus en détail dans un article invité que j’ai écrit pour Régis Moscardini sur son blog www.auxoisnature.com.

À noter que Genesis a marqué une étape importante dans le travail de Salgado : le passage de l’argentique au numérique, ce qui a passablement modifié le travail de ses équipes pour le développement de ses images. Il a fallu retrouver le même grain, le même traitement, le même noir et blanc pour garder une cohérence sur tout le projet.

Pour vous faire un petit teasing à propos de Genesis et vous donner envie d’aller voir l’exposition ou d’acheter son livre, j’ai envie de vous montrer les trois images de l’exposition qui m’ont le plus touché. L’exercice a été assez difficile parce que vous vous en doutez, j’ai aimé bien plus que trois photographies.

©Sebastião Salgado – Genesis
Indonésie, Homme Mentawai grimpant un arbre pour chercher un durian, 2008.

Cette photographie est celle qui m’a le plus impressionné lorsque je l’ai vue. Outre un tirage vraiment très grand (plus grand que les autres dans mes souvenirs), l’effet d’échelle est particulièrement saisissant. L’homme paraît si petit au milieu de cette nature qui nous parait si démesurée. Puis lorsqu’on lit le texte, on comprend qu’il grimpe à un arbre qui mesure plus de quarante mètres de hauteur. Son action devient alors encore plus impressionnante. Puis on s’approche de l’image et on rentre littéralement dans cette végétation, on peut admirer tous les détails et les textures de chacune des feuilles, des branches et de l’arbre, ce qui est très immersif. J’ai simplement été bluffé par cette photographie.

©Sebastião Salgado – Genesis
Madagascar, Forêt de Baobab de Grandidier, 2010.

Là aussi, une image d’un très grand format. C’est particulièrement le jeu de textures et de lumières que j’ai trouvé très enivrants, presque féériques. On a l’impression d’une forêt sans fin et sans âge.

©Sebastião Salgado – Genesis
Géorgie du Sud, Eléphants de mer, 2009.

Je pense que cette image m’a marqué pour plusieurs raisons. Peut-être pour son côté légèrement comique : ces éléphants de mer on l’air de prendre la pose, ils regardent le photographe et ont une très belle attitude animalière. Pour ses détails : Il y a une multitude de choses qui se passent dans cette photographie mais surtout, on peut apercevoir Sébastião Salgado qui fait un petit caméo dans l’œil de l’éléphant de mer en premier plan. Et pour finir, je pense aussi que cette image me rappelle mes propres expéditions dans les pays nordiques et touche cette corde sensible en moi. C’est aussi ça la photographie, ça peut vous toucher personnellement.

Ce qui m’impressionne le plus dans toutes les images de Salgado, c’est leur puissance. Ses images très contrastées, presque surréalistes parfois, évoquent presque un autre monde, une autre Terre. On ne peut que se rendre compte et constater, en voyant les photographies de Genesis, la difficulté de se rendre dans tous ces endroits de notre planète. C’est un travail titanesque accompli par Sebastião Salgado. Ce qu’il nous livre-là est un chef-d’œuvre que nous ne pouvons que saluer et admirer.

Genesis, c’est l’hommage à la nature et à la Terre de Sebastião Salgado. Après trois décennies à avoir travaillé sur des sujets qui touchent la planète et qui montrent une face plus dure de notre monde et de l’humanité, Sebastião a fini par retrouver l’espoir et s’est tourné vers un message plus optimiste. Il a décidé de montrer ce que notre monde possède de plus beau, de partir à la rencontre de notre Terre primitive et de nous montrer que tout ceci existe encore. C’est un message d’espoir, mais aussi un avertissement. Salgado nous met en garde sur ce que nous allons perdre si les choses ne changent pas et que nous ne nous occupons pas maintenant de notre planète. Genesis est résolument une ode à la nature qui nous montre toute sa puissance, sa beauté et sa fragilité.

Je voudrais profiter, le temps d’un paragraphe, de vous parler du livre qui accompagne l’exposition Genesis. Édité par Taschen, le nombre d’images à l’intérieur est impressionnant. D’ailleurs, toutes les images du livre sont exposées, ce qui explique le temps hallucinant qu’on passe à l’intérieur de l’exposition. Genesis est vraiment un livre à posséder. D’ailleurs je l’ai acheté directement en sortant de la galerie. Même si ce n’est pas tout à fait la même chose, je revis les émotions ressenties pendant ma visite de l’exposition à chaque fois que je regarde les images du livre.

Conclusion

A travers cet article, j’ai voulu vous présenter cet incroyable photographe qu’est Sebastião Salgado et vous montrer l’importance d’aller voir des expositions en tant que photographe. Vous augmenterez sensiblement votre culture photographique, vous apprendrez à comprendre des images et le fonctionnement d’un projet, vous affinerez vos goûts et identifierez ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas en comprenant pourquoi. En d’autres termes, vous ajouterez une nouvelle corde à votre arc de photographe. Sans parler du fait que vous passerez un super bon moment 😉

Pour finir, même si Sebastião Salgado ne verra jamais cet article, j’ai envie de lui dire merci. Merci pour son travail, son message qui transmet un espoir à travers ses photographies et merci pour tout ce qu’il m’a inspiré en tant que photographe.

Je vous dis également merci à vous d’avoir lu mon tout premier article sur mon site internet et de vous intéresser à mon travail et à mes réflexions. Si vous voulez être averti.es de la sortie de mes prochains articles et de mon actualité, inscrivez-vous à ma newsletter. Écrivez-moi si vous avez des questions ou envie de parler de cet article avec moi, je vous répondrai avec plaisir ! Je vous dis à très vite pour parler photographie 🙂

David Tuleu

2 thoughts on “L’expérience d’une exposition – Ma rencontre avec Genesis

  1. Salut David,

    Si l’objectif de l’article est de donner envie de découvrir le travail de Sebastião Salgado et de se rendre à plus d’expositions, c’est RÉUSSI. Du coup, je me suis inscrit à ta newsletter.

    Au début, tu dis que les expositions ont quelque chose en plus que les livres. J’ai un avis plus CONTRASTÉ.

    Pour moi, le livre c’est l’élément CENTRAL de la vision d’un photographe. Il y met tout ce qu’il a dans la tête, dans les tripes. Généralement, il a passé des centaines d’heures à l’imaginer, à le concevoir et à le produire.

    L’exposition est complémentaire. Elle permet de voir les oeuvres en VRAI. Souvent dans des grandes tailles comme cette expo de Salgado. Et c’est une vraie chance. Mais quoi que l’on en dise, la galerie ou le musée c’est quand même plus élitiste qu’un bouquin. Le livre a quelque chose de plus populaire, de plus accessible.

    1. Salut Antoine,

      Tout d’abord, un tout grand merci pour ton retour et ton inscription à ma newsletter 🙂
      Effectivement, j’avais envie de vous faire découvrir le travail de Salgado et de vous donner envie d’aller à plus d’expositions à travers cet article !

      Je comprends tout à fait ce que tu soulèves et, qu’on se comprenne, j’ADORE les livres ! Je commence à en avoir deux ou trois chez moi (oups ^^). Je te rejoins complètement sur le fait que cela est bien plus accessible (et permanent) qu’une exposition.

      Je ne te rejoins toutefois pas complètement sur le fait que le livre est l’élément central de la vision du photographe. Ou en tout cas pas systématiquement. Le livre va en effet laisser beaucoup plus de place pour la parole du photographe et l’exposition quant à elle va vraiment laisser la place aux images. Je dirai donc que ces deux formes d’expressions sont complémentaires 🙂

      Dans tous les cas je pense aussi que ce sont deux expériences complètement différentes. Découvrir un livre c’est toujours un grand moment et page après page on rentre dans le projet et la vision du/de la photographe. Pour ma part, l’exposition est plutôt une sorte d’expérience (d’où le titre de mon article d’ailleurs) que le ou la photographe veut nous faire vivre. Le « petit quelque chose en plus » pour moi vient peut-être de la dimension spatiale et éphémère de l’exposition.

      Mais encore une fois, j’adore les livres photo aussi 😀

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *